
Le spectacle de danse, qui fête cette année son 20e anniversaire, est présenté à Toronto jusqu'au 5 avril.
Le spectacle est divisé en 19 tableaux, tour à tour chorégraphies, pantomimes ou chansons.
Si vous habitez une grande métropole occidentale, vous avez sans doute déjà remarqué ces affiches colorées qui fleurissent régulièrement dans les centres-villes, mettant en vedette des danseurs chinois. Celles-ci font la promotion de Shen Yun.
Au-delà du spectacle, il est difficile de passer à travers le vernis opaque qui entoure les activités de cette compagnie basée dans l’État de New York et liée à l’organisme Falun Dafa, dans une entrevue à Première Heure.
Les dirigeants du mouvement spirituel sont également à la tête du journal gratuit The Epoch Times, et dont les positions sur certains sujets ont pu créer un sentiment de malaise par le passé. Le périodique est d'ailleurs mis en lumière à travers un publireportage diffusé sur les écrans des salles qui accueillent Shen Yun avant la représentation.
La publication d’une enquête d’envergure publiée par le New York Timesen 2024 (en anglais) (nouvelle fenêtre) et basée sur les témoignages de plus de 150 personnes, a révélé un système d’exploitation alarmant autour du spectacle. Depuis ces révélations, au moins deux procédures judiciaires, dont un recours collectif, ont été lancées pour dénoncer les pratiques de travail forcé, l’emploi de mineurs et des conditions de travail abusives.
Ces allégations n’ont toutefois pas encore été prouvées devant un tribunal.
L’association-mère Falun Dafa, basée à New York, accepte rarement les requêtes des médias et n’a pas répondu à la sollicitation de Radio-Canada.
Une qualité artistique inégale
Alors qu’en est-il de ce qui est montré pendant la représentation? Actuellement présenté au Centre pour les arts de la scène Four Seasons de Toronto, le spectacle est divisé en 19 tableaux, tour à tour chorégraphies, pantomimes ou chansons. Les différentes sections font des allers-retours dans l’histoire entre des légendes millénaires et le monde d’aujourd’hui.
Shen Yun présente des qualités artistiques indéniables, notamment en ce qui concerne la rigueur physique des danseurs et la beauté des costumes. Les tableaux de groupes sont impressionnants de technicité et de maîtrise.
On peut avoir des doutes sur d’autres éléments de la représentation, notamment l’écran 3D dont la troupe se vante dans le programme et sur lequel sont diffusés les décors. Celui-ci permet aussi aux artistes d’interagir avec un monde infini duquel ils peuvent entrer et sortir grâce à un dispositif ingénieux. Mais les couleurs et le rendu ne sont pas assez vraisemblables pour créer l’illusion recherchée. Le résultat visuel est même contre-productif, puisque Shen Yun revendique de présenter 5000 ans de tradition, mais tout baigne dans une seule et même esthétique aux couleurs saturées.
On peut aussi être peu convaincu par la musique. L’orchestre combine instruments occidentaux et instruments de la tradition chinoise, mais la qualité des compositions n’est pas celle de grandes pièces symphoniques et, comme pour le décor du fond de scène, le résultat semble être issu d’un jeu vidéo SEGA des années 1990.
Discours anti-évolutionniste
Mais on n’est pas au bout de nos peines. À la scène brutale de l’arrestation succède une première chanson qui donne une teneur apocalyptique au mouvement spirituel, une atmosphère que le spectacle ne perdra plus jusqu’au tableau final. Dans le texte, déclamé par un baryton et projeté en fond de scène, on évoque la pureté, le salut trouvé à travers la pratique du Falun Dafa et la théorie de l’évolution est remise en question (elle est carrément qualifiée de piège de Satan dans une autre chanson à la fin du spectacle, au même titre que l’athéisme).
Ainsi, Shen Yun entretient une confusion qui, d’un côté, fait la part belle aux contes et légendes traditionnels et à la danse classique chinoise, mais d’un autre côté, la narration emploie ces outils pour présenter au public des revendications de prime abord légitimes (la liberté de culte), tout en laissant entendre que ceux qui n’ont pas choisi cette croyance ne seront pas sauvés lorsqu'arrivera la fin des temps. Un discours qui existe dans les franges conservatrices de la plupart des religions. Mais qui, elles, ne font pas toutes payer plus de 200 $ le billet pour écouter leurs sermons.
Shen Yun 2026, direction artistique de D.F., chorégraphies de Gu Yan, Yungchia Chen et Gu Xuan, présenté par l’association Falun Dafa de Toronto, jusqu’au 5 avril 2026 au Centre pour les arts de la scène Four Seasons (Toronto). Durée : 2 h 30.
Source Link: https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2242404/critique-shen-yun-toronto-vingt-ans


